vendredi 23 novembre 2007

Les réformes nécessaires expliquées aux cons, 2

Partie 2: La modernisation de l'université expliquée à l'archaïsme juvénil

Il nous faut aujourd'hui orienter nos efforts pédagogiques vers ceux qui, hélas, oeuvrent à détruire toute pédagogie depuis quelques semaines: les étudiants en grogne qui bloquent, qui manipulent, qui saccagent l'université française. D'autres ont déjà émis l'hypothèse selon laquelle ces faibles esprits seraient endoctrinés par des organes gauchistes et sectaires, qui les auraient convaincus du danger d'une réforme que le monde entier, pourtant, nous envie, et que les présidents d'universités appellent instamment de leurs voeux. La vérité est en fait autre, et malheureusement, bien plus triste à entendre: les étudiants ne sont pas des exécutants, ce sont juste de petits cons qui ne comprennent rien à rien.
Etudiants, de sciences humaines en particulier, vous êtes arrivés à l'université par la seule grâce d'une note supérieure à 10 au baccalauréat, et vous avez décidé d'y apprendre un savoir-faire qui se révèlera fort utile dans la suite de votre "carrière": l'art de ne rien faire ("glander", dites-vous) tout en se faisant financer par les contribuables français (qui eux, travaillent). De la fac de psycho au RMI, en passant par les ASSEDIC, il n'y a que des différences de degré, et non de nature.
Non contents d'être des parasites qui commencent pour la 7e fois leur année de L1, il vous a fallu suivre vos penchants les plus animaux: vous vous êtes donnés corps et âme à la violence physique des blocages et au stalinisme des assemblées générales, pour rejouer un "Mai 68" dont vos parents étaient déjà, pour certains, la chienlit. Et dans quel dessein? A lire les articles de presse à votre sujet, vous ne connaissez pas le premier mot de la réforme Pécresse qui, pourtant, vous est tout particulièrement destinée, vous jeunes cons en échec permanent : vous vous contentez de grogner et de bloquer, et quand on vous demande pourquoi, vous êtes peu convaincus (mais assurément cons, et bientôt vaincus).
La loi LRU est guidée par une idée-force, qui est la suivante: il est illusoire de vouloir vous convaincre, vous améliorer, vous élever; alors il nous faudra vous supprimer. Un dispositif de pré-orientation a été mis en place, qui sera complété dès l'an prochain par une pré-sélection: vous aurez beau postuler à la faculté de sociologie "critique", nous nous chargeons de vous réexpédier vers la licence Carrefour "Chef de rayon", ou tout bonnement, de vous refuser et de vous laisser croupir dans votre tiédeur mentale. La réforme ouvre par ailleurs la voie à l'augmentation des frais d'inscription: c'est une mesure essentielle destinée à vous responsabiliser, car il est bien clair que votre échec est d'abord dû au fait que vous attendez qu'on vous serve tout sur un plateau. Vous ferez moins les malins, quand vous devrez demander 4000 euros par an à papa/maman, et on verra si alors vous bloquerez les amphis en buvant de la piquette...
Ces filtrages préventifs de la population étudiante ne sont que pour réjouir des enseignants d'université dont on sait la gravité de la déprime aujourd'hui. Voyez le pauvre enseignant, qui en septembre, se voit annoncer que 37% des étudiants à qui il a donné cours l'an passé ont réussi leurs examens; sa première réaction est généralement la suivante: "ah, c'est qu'ils étaient vraiment mauvais, ces étudiants..." (paraît que y en avait qui savaient même pas écrire sans fautes d'ortographe). En ne choisissant que des bons étudiants, le taux va remonter, et l'enseignant pourra se convaincre à nouveau de son efficacité: puisque s'ils réussissent, il y est bien pour quelque chose... Voyez donc, jeunes cons, votre élimination élève le bonheur du plus grand nombre, et vous devriez vous-même en être réjouis.
Pour ceux d'entre vous qui réussiraient à passer entre les mailles du filet, ne vous inquiétez pas: nous avons de quoi vous mettre au travail. Pas du travail sous-payé, comme vous le faites actuellement pour plus de 50% d'entre vous (et non monsieur, ce n'est pas à cause de ça que vous échouez en masse, moi aussi j'ai dû travailler pour payer mes études, à mon époque...): du travail gratuit. L'une des missions de l'enseignement supérieur est maintenant de contribuer à l'insertion professionnelle des jeunes, ce qui implique de professionnaliser les cursus. Ce qu'il faut comprendre, bande de cons, c'est que s'il y a du chômage dans ce pays, c'est d'abord parce que vous ne foutez rien à l'université, puis en sortez sans diplôme ou avec un diplôme pipeau. Les entreprises ne peuvent vous recruter si votre formation est aussi désastreuse. C'est pourquoi nous mettons en place des filières fléchées qui déboucheront directement sur des emplois précis dans des entreprises, et que nous généralisons les stages: vous verrez que les entreprises ont beaucoup moins de mal à recruter quand elles savent que c'est gratuit...
Jeunes cons, honte de la France, ennemis jurés de nos chères têtes blondes, bientôt nous ne vous verrons plus. Vous serez relégués, invisibilisés, supprimés. En attendant, et toujours aux frais du contribuable, nous sommes obligés d'envoyer les CRS. Courez vite.

P.
Photothèque du mouvement social

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