mercredi 21 novembre 2007

De toute manière, le blocage, c’est antidémocratique !

Antidémocratique. Le mot est lancé. C’est plus qu’une accusation, c’est une mise au ban de la légitimité qui est formulée ici. La légitimité politique rime avec démocratie pour le sens commun « occidental ». Marchez hors des clous, et nous tirerons à vue nos boulets rouge sur la moindre tentative d’argumentation.
Plus une chose est évidente, moins elle l’est dans la pratique. Au risque de passer pour le doux naïf, mi-rêveur, mi-fumeur d’opium et de mauvaise foi, il me paraît intéressant de poser cette question toute idiote :

- Mais dis moi papa, c’est quoi la démocratie ?
- Ecoute petit bout, c’est simple, la démocratie, c’est lorsque les gens se rassemblent tous ensemble pour prendre une décision sur la vie de la Cité.

Si mon père est au demeurant adorable, il n’a pas répondu à la question que je lui posais.

La démocratie, c’est surtout lorsqu’une partie du tout prend une décision pour le tout (la majorité, absolue ou relative, décide pour l’ensemble) Seulement, voilà, je ne vais rien apprendre à personne en affirmant cela, c’est encore un lieu commun : la démocratie, dans ce cas, c’est un peu la tyrannie du plus grand nombre. Et comme la démocratie déteste la tyrannie, la voilà bien emmerdée. Elle se justifie par un « m’oui, c’est un peu ça mais au moins, c’est la tyrannie du plus grand nombre sur le plus petit, et c’est toujours préférable à l’inverse. Dans cet autre cas, c’est la vrai tyrannie, la moche, la sale, celle dont-on ne veut pas ». Triste compensation que de penser qu’on a intérêt à être heureux parce que ça pourrait être pire, et que notre mal est un mal, certes, mais nécessaire. Heureux les malheureux de la minorité. Mille mercis à la morale chrétienne de sauver la barque.

Mais revenons à nos moutons. La démocratie comme faible tyrannie, est-ce satisfaisant ? Doit-on rappeler à la démocratie Française sa marque de fabrique : passera devant l’intérêt majoritaire l’intérêt général ! Là encore, le mot est lancé, et comme le serpent qui se mord la queue nous revoilà au point de départ :

- Papa, c’est quoi l’intérêt général ?
- Ta gueule tu m’emmerdes !

L’intérêt général, ce n’est pas l’intérêt majoritaire, ni absolument, ni relativement. Condorcet nous montre d’ailleurs comment l’intérêt majoritaire peut prendre la décision considérée comme la pire majoritairement… Curieux paradoxe, mais là n’est pas notre propos.

L’intérêt général, c’est avant tout une recherche du raisonnable à échelle humaine. C’est prendre la pondération de chaque argument pour trouver le barycentre du débat. Equilibre d’idée, de revendications et d’aspirations. Un équilibre qui nécessite la prise en compte, l’écoute, la compréhension des arguments et ce, non pas que quantitativement (argument 1, argument 2,…) mais aussi qualitativement : qui porte quels arguments et pourquoi. C’est un processus bien plus long que d’établir le bilan comptable d’un vote (le plébiscite est bien plus « facile » que la discussion et apporte des réponses binaires à des situations toutes en nuances)

On ouvre la porte au pluralisme, terme péjoré bien souvent, s’il se doit. Au-delà du mot, c’est surtout la prise en compte des « minorités politiques » qui pose problème.

Maintenant, d’un point de vu pratique, quelle place effective laisse le gouvernement à la pluralité ? Autrement dit, qui écoute-il dans la prise de décision ? Tous les tenants et aboutissants du débat sont-ils écoutez à proportion de leur implication directe dans la décision à prendre ? Nos institutions permettent-elles un véritable pluralisme, avec organes de contrôle et de régulation de ce que les vilaines langues mal informées nomment présomptueusement « lobbying », serpent dans l’éden démocratique.

J’en doute… Nos institutions ne sont pas encore pluralistes, elles égalisent certains plus que d’autres dans les débats et surtout, aucune instance autonome ne rend publiable les actions de lobbying qui s’opèrent quotidiennement (cas du Québec qui s’est doté d’un commissaire au lobbyisme avec publication obligatoire de tous contact de lobbyistes avec un titulaire de charge publique). C’est aussi ce message que porte les diverses revendications : traitez-nous d’égal avec les autres lorsque vous décidez pour nous. Nous ne pensons pas avoir si tord que cela, écoutez le projet que nous portons en nous ! (c’est ça aussi la politique, porter un projet commun de société). C’est par sentiment d’un manque de démocratisme dans la prise de certaines décisions que les gens se jettent dans des actions antidémocratiques… paradoxe ?

Bon, je vais finir là pour aujourd’hui, c’est déjà bien assez.

Quoi qu’il en soit, j’espère avoir contribué, au moins modestement, à vous aider à vous poser la question : mais qu’est-ce qui est démocratique ou pas dans ce qui se passe ?

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