dimanche 8 février 2009

Compte–rendu de l'AG de l'ENS du 5 février 2009

L'AG s'est déroulée de 12h à 13h45h dans le hall d'entrée de l'ENS.
Environ soixante–dix personnes étaient présentes.

L'ordre du jour suivant a été proposé:
1) point sur la coordination des Universités
2) point sur les réformes:
a) décret modifiant le statut des enseignants–chercheurs
b) démantèlement du CNRS
c) contrat doctoral
d) mastérisation des concours de recrutement de l'Éducation Nationale
3) mobilisations à l'ENS et ailleurs
4) vote des revendications


1) Point sur la coordination des Universités
Suite au vote de l'AG du 29 janvier, Grégoire Nadin, Frédéric Caupin et Irène Favier ont été mandatés à la coordination nationale des Universités réunie à la Sorbonne le 2 février. Grégoire décrit la coordination. 183 délégués représentant une quarantaine d'Universités étaient présents. Trois motions ont été votées :
– retrait du décret sur la modulation du service des enseignants–chercheurs, retrait de la
masterisation des concours de recrutement de l'Éducation Nationale,
– appel à une lutte active, notamment les 5, 10 et 13 février,
– demande d’une nouvelle loi remplaçant la LRU.
Frédéric encourage à continuer à y participer, mais prévient que le fonctionnement n'était pas très démocratique; en particulier, il y a été très difficile pour les délégués de proposer des motions au vote.


2) Point sur les réformes

a) Décret modifiant le statut des enseignants–chercheurs

Grégoire Nadin rappelle les points essentiels de la proposition de décret: la charge d'enseignement des enseignants–chercheurs (EC) ne sera plus fixée à 192h équivalent TD mais sera modulable (sans plafond) au cas par cas, la décision revenant au chef d'établissement. (Il en sera de même pour l'attribution des primes.) Le total des heures reste toutefois sur une base de 192h par EC: une diminution de la charge d'un EC ne pourra se faire qu'en augmentant la charge d'un autre. Toutefois, étant donnée la suppression de 900 postes dans l'enseignement supérieur en 2009, il est probable que la charge moyenne des EC augmente.
Grégoire explique ensuite les adaptations récentes proposées par la ministre. Il s'agit de faire évaluer tous les quatre ans les EC par la CNU (elle n'était pas mentionnée dans la première mouture du décret). Les EC bien évalués ne devraient pas voir leur charge d'enseignement dépasser le taux actuel (192h TD) et bénéficieraient au contraire de primes.

Les modifications proposées par le ministère ne répondent pas aux problèmes de fond du décret: la modulation des enseignements et le pouvoir exorbitant des présidents d'Université sur les EC.

b) Démantèlement du CNRS
Antoine Miné rappelle qu'une part importante du financement de la recherche qui était avant distribué par le CNRS est maintenant confiée à l'ANR, agence gouvernementale datant de 2006 dont le fonctionnement est opaque (100% de membres nommés, absence de conseil scientifique) et qui propose des financements sur contrats courts avec des thématiques très précises. L'évaluation des laboratoires, anciennement du ressort du CNRS, est confiée à l'AERES, agence de fonctionnement tout aussi opaque. Le recrutement des chercheurs CNRS est cette année au plus bas (300 postes ouverts contre 421 en moyenne ces dix dernières années). Ceci se traduit par la suppression de 296 postes. Une partie de ces non renouvellements servent à financer 90 chaires CNRS–Université, permettant de recruter des EC dont la charge d'enseignement se trouve réduite les cinq premières années. Ces chaires sont fléchées: l'ENS en aura une cette année dans le département de géologie. Antoine termine sur le découpage du CNRS en instituts thématiques (voté en septembre dernier par le CA du CNRS, bien que la liste des instituts ne soit pas encore bien fixée). Ce découpage menace l'interdisciplinarité et les recherches en marge des neuf ou dix grands thèmes choisis.

c) Contrat doctoral

Frédéric Caupin explique ce qu'est le "contrat doctoral unique" annoncé par la ministre. En réalité, celui–ci n'a rien d'unique puisque le salaire est déterminé par une négociation personnelle entre l'étudiant et l'Université (le contrat ne prévoyant qu'un minimum salarial). À la recherche peuvent s'ajouter des activités d'enseignement (comme le monitorat actuel) mais également de valorisation de la recherche, de consultance, ou autres, toujours négociées. Comme pour la modulation de la charge des EC, le danger est l'arbitraire face à un président d'Université tout puissant.

d) Mastérisation des concours de recrutement de l'Éducation Nationale

Irène Favier rappelle le projet de remplacement des concours de recrutement des enseignants du premier et second degrés par un Master d'enseignement. En portant le recrutement au niveau Master, l'état prétend augmenter à la fois le niveau et le salaire d'entrée des enseignements, ce qui est faux. En réalité, le projet diminue la part des savoirs disciplinaires au profit de nouvelles matières telles que les "valeurs" du système éducatif. L’introduction d’épreuves pédagogiques sert en réalité à compenser la suppression des IUFM. En débutant leur carrière sans stage, sans accompagnement pédagogique, les futurs enseignants ne seront pas préparés à leur métier. Par ailleurs, étant donné que le nombre de postes aux concours baisse, le nombre de reçus–collés (reçus au M2, collés au concours) augmentera, ce qui favorisera le recrutement de vacataires : la formation prévue participera donc à l’accroissement de la précarité dans la fonction publique.

3) Mobilisations à l'ENS et ailleurs

– Le laboratoire de géologie de l'ENS s'est déclaré "laboratoire en lutte".
Une AG interne au laboratoire réunit une quinzaine de personnes motivées et organise des réunions d'informations. L'AG interne s'interroge sur les futures actions à mener au sein du laboratoire. Deux occasions importantes se présentent: l'ouverture au laboratoire d'une des nouvelles chaires CNRS ainsi que la visite en mars du comité d'évaluation de l'AERES.

– L'IUFM de Paris est en lutte: AG, grève et blocage mercredi et jeudi.

– Laure Léveillé présente la situation de la bibliothèque de l'ENS.
Celle–ci était fermée jeudi dernier car les quatre enseignants–chercheurs et conservateurs s'étaient mis en grève. Toutefois, il n'est pas dit que toute la bibliothèque soit mobilisée et Laure Léveillé ne parle qu'en son nom. La situation est complexe car la bibliothèque regroupe des chercheurs, des BIATOSS et des contractuels. Tout en étant solidaire des laboratoires qui s'élèvent contre l'évaluation de l'AERES, Laure Léveillé s'inquiète que la bibliothèque ne soit pratiquement pas évaluée et n'existe pas aux yeux de l'AERES. Elle court ainsi le risque de ne plus avoir de moyens. Cette situation ne permet pas d'offrir de perspective aux seize contractuels actuellement employés. De plus, la continuité du service est menacée.

– Au LILA.
Nathalie Koble annonce que le LILA organise lundi à 15h une réunion avec les élèves sur le thème des liens entre enseignement et recherche.
– David Schreiber, PRAG à la bibliothèque, prend la parole pour demander la solidarité avec les contractuels. Il note l'absence d'évolution du budget, s'inquiète des conséquences de l'autonomie et déplore le non remplacement des départs à la retraite. Ceci pourrait menacer les horaires d'ouverture de la bibliothèque. Il conclut par son souhait de voir relancée la mobilisation de la bibliothèque.
– Irène propose soit votée la grève pour mercredi prochain à l'occasion de la réunion du Conseil Scientifique qui discutera de la maquette du Master d'enseignement. Une proposition alternative est de commencer la grève dès mardi afin de rejoindre le mouvement national. Frédéric rappelle que les préavis de grève étant déposés dès le lundi 2 février, il est tout à fait possible de se mettre en grève à tout moment, ce que certaines Universités ont déjà fait.

– Stéphane Beaud décrit la mobilisation au département de sociologie de Jourdan. Une AG a eu lieu mardi. La grève des cours de Master et d'Agrégation a été votée et est suivie par une grande partie des enseignants. Stéphane Beaud déclare que l'ENS ne doit absolument pas se couper de l'Université. Il craint que l'autonomie se traduise par l'arrêt de mort de la recherche en SHS. Il a démissionné de l'ANR.
– Grégoire Nadin indique qu'une réunion d'information sur les réformes sera organisée vendredi au département de mathématiques. Il appelle chacun à proposer des initiatives similaires dans son laboratoire car cela peut constituer un point de départ pour une mobilisation.
– Antoine Lilti présente la mobilisation au département d'histoire.

Il y a une grève des cours et des séminaires (sauf pour la préparation à l'Agrégation) très suivie. Le remplacement des cours par une réunion d'information est prévue lundi ou mardi.
– Stéphane Beaud souhaite qu'une grande réflexion collective soit entamée sur l'Université: un "Grenelle de l'Enseignement Supérieur".
– Orianne reparle des actions possibles mercredi prochain à l'occasion de la remise des maquettes. Elle propose que, en cas de grève, une caisse de grève soit mise en place par solidarité et encourager les agents de l'ENS à se joindre à la grève.
– Frédéric propose que les mandatés à la prochaine coordination des Universités demandent le retrait de la LRU, l'abandon de la modulation des enseignements au profit de la diminution globale à 150h pour tous les EC, le maintient du recrutement des enseignants après un concours et qu'un diplôme de Master soit délivré à l'issue de la formation IUFM.
– Ludovic Hetzel propose de lutter contre le corporatisme en étendant la lutte à tous les étudiants et en faisant la jonctions avec les syndicats d'enseignants du secondaire. Il demande également l'abrogation de la LRU.
– Christelle Rabier nous dit de faire preuve d'imagination afin de diffuser notre message au plus grand nombre (contacts aux médias, aux anciens élèves, etc.)


4) Vote des revendications
L'AG vote:
– le principe d'un vote en bloc sur la revendication: retrait de la LRU et de toutes les mesures qui en découlent
→ la modalité de vote est adoptée à l'unanimité moins une abstention
→ la revendication est adoptée à l'unanimité
– un appel à rejoindre la grève qui a commencé le 2 février et à se mobiliser en particulier le 10 février
→ adopté à l'unanimité
– la constitution d'une caisse de grève au profit des agents qui souhaitent se mettre en grève
→ adopté à l'unanimité moins une abstention
– le choix des représentants de l'ENS à la prochaine coordination des Université:
– Stéphane Beaud
– David Schreiber
– Morgan Labar
→ adopté à l'unanimité moins une abstention
– un appel au Conseil Scientifique à ne pas remettre les maquettes et un rassemblement
mercredi matin à 8h30 devant l'École
→ adopté à l'unanimité

– un appel aux étudiants, enseignants et syndicats de l’éducation nationale à rejoindre le mouvement
→ adopté à l'unanimité moins une abstention
– une revendication: 150h équivalents TD pour tous les enseignants–chercheurs ainsi qu'une réduction de la charge d'enseignement en début de carrière
→ adoptée à l'unanimité moins sept abstentions
– une revendication: le maintient du recrutement des enseignants après un concours et la reconnaissance par un diplôme de Master de la formation IUFM
→ adoptée à l'unanimité moins six abstentions
– la non–négociabilité de ces revendications
→ adoptée à l'unanimité moins trois abstentions
– une revendication: la titularisation des précaires et l'augmentation des postes pour tous les statuts (enseignants, chercheurs, ITA, BIATOSS, etc.)
→ adoptée à l'unanimité moins une abstention

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